mardi 15 juin 2010



Je suis allé à plusieurs reprises dans la boutique pour avoir plus de renseignements.
Au fil de mes quelques visites, l'accueil s'est dégradé. L'homme m'a clairement fait comprendre que je le dérangeais. J'ai tenté d'obtenir quelques photos. En vain.
Loin de l'image du gentil artisan proche de ses clients, prêt à rendre service et attaché à faire les choses bien, j'ai découvert un homme en manque de reconnaissance. Preuve en est des récompenses
qu'il affiche clairement sur la devanture de sa vitrine.
Le personnage est paradoxal. Fier de sa condition de réparateur unique et caché dans son passage privé (comme il me l'a gentiment fait remarquer), il semble attiré par les feux des projecteurs.
Ce n'est clairement pas une quête vénale, sa boutique ne désemplit pas.


En me refusant ces échanges, il a établit une relation avec moi qu'il ignore surement. Résigné à me rendre sur place en secret, j'observais les scènes en cachette. Contraint de me cacher à l'entrée du passage et profitant de l'entrée d'un client pour prendre quelques clichés, volés.
Je décidai par la suite de travailler sur son image, à défaut de pouvoir établir une véritable communication.
J'ai été influencé par le travail de Dimitri Prigov intitulé See Scotch Tape Drawings (1999-2002), consistant à mystifier des scènes à l'aide de morceaux de scotch collés sur des photographies de personnes décédées, révélant ainsi du spiritualisme et de l'humour.
J'ai, choisi de disposer des rubans de scotch de façon concentrique sur une photographie du réparateur, en partant de sa tête. Cette épaisseur qui se crée sur l'image marque peut-être la distance que l'homme m'a imposée. Je l'empêche ainsi de me voir, comme il refuse, lui de me voir.
Je pense aux gestes précis qu'il doit effectuer à longueur de journée au fond de son atelier pour réparer les parapluies cassés, déchirés...
Loin des ambitions de mystifications de Dimitri Prigov, je cherchai peut-être simplement un moyen de me rapprocher de lui, en qualité de collègue, d'apprenti.
J'ai volé une dernière photographie avec mon tableau dans les bras, en lieu et place de mon appareil photo. Un ami l'ayant distrait quelques minutes à l'intérieur de sa boutique, l'empêchant de me voir

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