mardi 15 juin 2010

Points de vue

Pour filmer les réparations, j'ai utilisé deux dispositifs différents, deux points de vue.
Un appareil de typo ipod fixé archaïquement contre moi à l'aide d'une sangle à caoutchouc et un appareil photo fixe sur les lieux de la réparation.
Je ne savais au départ pas quel point de vue adopter mais je pense qu'il s'agit en fait de regarder des deux points de vue. Afin d'établir, peut-être un lien. C'est à la question pour qui et pourquoi je répare que je réfléchis. Cela me ramène à ma constatation de départ. Je pensais aux objets dont on s'accommode. Particulièrement un évier fendu. Puis que l'on change, ou que l'on répare, comme il faut, pour les autres. Ce qui est assez drôle car j'ai fini par réparer le mur qui m'a posé quelques tracas, juste deux semaines avant de le quitter.

J'ai utilisé deux types de présentation. Une version longue des trois réparations, en boucle, en split-screen et une version courte de la dernière réparation car c'est celle qui a soulevé le plus de questionnement chez moi. Pour cette version, j'ai incrusté une petite image dans la grande.
J'ai également effectué cette mise en parallèle pour réaliser l'affiche. En effet, j'ai incrusté dans mes photos, des petites images commerciales du réparateur de parapluie afin de rapprocher nos travaux.

Plus que « pourquoi réparer », il a été question pour moi, à travers ces travaux de réfléchir à l'acte de réparer dans sa technicité mais surtout dans sa destination. Pour qui réparer? Sous le regard de qui?

Enfin, toutes les réparations ont traité de l'eau, au sens large. Ce qui me ramène à l'origine de mon choix de ce cours. A savoir un ancien travail effectué sur la prévision du risque d'inondation de Paris.

Réparation à domicile

Après cet échec, relationnel. J'ai choisi de questionner le rapport réparateur-client, en m'improvisant réparateur à domicile, pour aller au plus près des gens, dans leur intimité, prenant le contre-pied de l'attitude du réparateur de parapluie. J'ai, comme lui, choisi de rebondir après un échec.
J'ai choisi de cibler mes réparations sur les problèmes d'étanchéïté. Domaine qui finalement est plutôt récurrent dans ma réflexion et mes expériences personnelles.
J'ai réuni dans ma sacoche de réparateur toute une série d'objets, de crèmes diverses, de scotch... pouvant me servir à réparer trous et autres fuites.

J'ai commencé par réparer le rebord d'un évier. Un mauvais joint laissant passer l'eau, qui s'infiltrant , arrosait régulièrement le placard à provisions. J'ai ici utilisé une crème d'arnican.
Ensuite, j'ai réalisé un joint externe pour une robinetterie de baignoire fuyante. L'encastrement de celle-ci rendait difficile le remplacement rapide de la pièce défectueuse. Le joint réalisé est en fait une chambre à air de camion découpée.

La troisième réparation a été effectuée à mon domicile. Je pensais au début réaliser une fiction. Mais je me suis pris à mon propre jeu au cours des réparations. Je me suis donc mis dans la peau d'un réparateur intervenant chez quelqu'un en dehors de sa présence.
Ici, les poutres qui ont fléchi avec le temps laissent apparaître un trou béant entre le plancher et le mur séparant la pièce principale de la salle de bain. L'eau projetée par terre lors des douches, ou à cause de multiples autres problèmes de fuite, s'infiltre par le trou et coule dans l'appartement en dessous. J'ai donc décidé de combler le trou par de l'argile. L'idéal étant d'humidifier l'argile régulièrement pour qu'elle reste, paradoxalement, étanche.
Ici aussi c'est le rapport entre deux personnes que je cherche à questionner.
En repensant au film locataires de Kim Ki-Duk, je me suis introduit dans l'appartement (le mien l'occurrence) et ai effectué la réparation puis tout remis en place pour ne pas laisser de trace.
Je pensais aux réparateurs que j'ai laissé pénétrer chez moi, pendant plusieurs jours, sans les avoir jamais vus. C'est une relation de confiance qui doit s'établir, basée sur aucun élément objectif.
Le réparateur de parapluie s'est méfié de moi.

En regardant dans la faille j'ai trouvé des pièces, fait assez improbable. Sans réfléchir, je les ai mises dans ma sacoche, pris au jeu. Puis au moment de partir, je me suis demandé si je les reposais, ou non.


Je suis allé à plusieurs reprises dans la boutique pour avoir plus de renseignements.
Au fil de mes quelques visites, l'accueil s'est dégradé. L'homme m'a clairement fait comprendre que je le dérangeais. J'ai tenté d'obtenir quelques photos. En vain.
Loin de l'image du gentil artisan proche de ses clients, prêt à rendre service et attaché à faire les choses bien, j'ai découvert un homme en manque de reconnaissance. Preuve en est des récompenses
qu'il affiche clairement sur la devanture de sa vitrine.
Le personnage est paradoxal. Fier de sa condition de réparateur unique et caché dans son passage privé (comme il me l'a gentiment fait remarquer), il semble attiré par les feux des projecteurs.
Ce n'est clairement pas une quête vénale, sa boutique ne désemplit pas.


En me refusant ces échanges, il a établit une relation avec moi qu'il ignore surement. Résigné à me rendre sur place en secret, j'observais les scènes en cachette. Contraint de me cacher à l'entrée du passage et profitant de l'entrée d'un client pour prendre quelques clichés, volés.
Je décidai par la suite de travailler sur son image, à défaut de pouvoir établir une véritable communication.
J'ai été influencé par le travail de Dimitri Prigov intitulé See Scotch Tape Drawings (1999-2002), consistant à mystifier des scènes à l'aide de morceaux de scotch collés sur des photographies de personnes décédées, révélant ainsi du spiritualisme et de l'humour.
J'ai, choisi de disposer des rubans de scotch de façon concentrique sur une photographie du réparateur, en partant de sa tête. Cette épaisseur qui se crée sur l'image marque peut-être la distance que l'homme m'a imposée. Je l'empêche ainsi de me voir, comme il refuse, lui de me voir.
Je pense aux gestes précis qu'il doit effectuer à longueur de journée au fond de son atelier pour réparer les parapluies cassés, déchirés...
Loin des ambitions de mystifications de Dimitri Prigov, je cherchai peut-être simplement un moyen de me rapprocher de lui, en qualité de collègue, d'apprenti.
J'ai volé une dernière photographie avec mon tableau dans les bras, en lieu et place de mon appareil photo. Un ami l'ayant distrait quelques minutes à l'intérieur de sa boutique, l'empêchant de me voir

mardi 25 mai 2010

Inauguration

C'est peut-être blessé dans mon amour propre que je m'imagine ouvrir ma propre boutique de réparation de parapluie.
C'est A LA MANIERE du réparateur que je distribue mes cartes de visite à mes auditeurs à la fin de la présentation de ma première réparation.

Par la même occasion, je dévoile le slogan et l'identité visuelle de l'entreprise en création.

Le réparateur de parapluie (3)



Entreprise du Patrimoine Vivant, Ordre National du Mérite, Artisan de France...

Ces titres et labels, ces médailles sont affichés, placardés sur la devanture de la boutique, côtoyant l'affiche manuscrite "entrez, je répare à l'intérieur".

C'est un personnage que j'ai rencontré ici. Difficile à saisir, intriguant. Loin de l'image du petit artisan qu'il cultive pourtant. Attiré par les médias. Les récompenses. En quête de reconnaissance. Oscillant entre l'artisan et l'homme d'affaire aguerri qu'il a été, naguère.

Le réparateur de parapluie (2)


J'attends que la foule se disperse et rentre dans la minuscule boutique.

Après les présentations, je sors mon parapluie de mon sac. J'emmène un parapluie réparé.
D'un oeil EXPERT, l'homme regarde l'objet. Puis il l'ouvre et le referme, plusieurs fois.
Il ne me félicite pas. Je ne serais à priori pas embauchable, « prêt-à-l'emploi ».
Il me redonne le parapluie en le faisant glisser sur le comptoir et me dit ne pas comprendre ce que je veux. Je lui pose plusieurs questions sur lui, sa pratique, et sur mon parapluie. Je sens que je ne l'INTERESSE pas. Il regarde par dessus mon épaule. Un client attend, le parapluie à la main.